Conseil10 min de lecture

Un bout dans l'hélice du bateau : se dégager par ses propres moyens, sans danger

Un bout dans l'hélice du bateau ? Moteur coupé, clé retirée, bateau stabilisé : dégagez depuis le pont, plongez en dernier recours, et sachez quand appeler.

Rédigé par
L'équipe OXSEA
Publié le
Sommaire

Un bout dans l'hélice du bateau se traite dans cet ordre : point mort, moteur coupé, clé retirée, bateau stabilisé. Vous essayez ensuite de dégager depuis le pont, en déroulant le cordage ou en le coupant avec un couteau fixé sur une gaffe. La mise à l'eau sous la coque vient en dernier, sur une mer plate, avec quelqu'un à bord qui vous surveille et garde la clé. Si le bateau dérive vers un danger ou si la mer se creuse, laissez l'hélice et appelez le CROSS sur le canal 16 de la VHF.

L'incident n'a rien de rare. En 2025, le CROSS Étel, chargé du sauvetage de la pointe de Penmarc'h à la frontière espagnole, a ouvert 107 opérations pour une hélice engagée, tous navires confondus, selon son bilan d'activité 2025. Le document relève que la plupart des avaries signalées par les plaisanciers viennent d'un défaut d'entretien ou d'une préparation insuffisante.

Reconnaître une hélice engagée

Le moteur ralentit d'un coup, cogne ou cale. Les indices sont parfois plus discrets : une vibration inhabituelle, un bateau qui tire d'un côté, un moteur qui chauffe. Le magazine britannique Yachting Monthly les cite tous et rappelle un détail vexant : le cordage avalé est souvent celui du bord. Une écoute qui traîne, le bout d'un pare-battage, la bosse de l'annexe. Sinon, c'est l'orin d'un casier ou un lambeau de filet.

Le bon réflexe : point mort, puis arrêt du moteur. Insister serre le cordage sur l'arbre. Le polypropylène, bon marché et très utilisé par les pêcheurs, peut même fondre sous la friction et former une boule dure qu'il faut parfois attaquer à la scie à métaux, prévient le magazine.

Les premières minutes : stabiliser le bateau

Avant l'hélice, le bateau. Sans propulsion, il dérive, et la dérive fixe le temps dont vous disposez.

  1. Retirez la clé. Confiez-la à un équipier, ou coupez la batterie de démarrage. Personne ne doit relancer le moteur par habitude.
  2. Faites porter les gilets. C'est le premier conseil de la fiche Sauvetage, remorquage et assistance en mer du ministère chargé de la Mer.
  3. Lisez la dérive. Vers où le vent et le courant vous poussent-ils ? Une côte, des roches, un chenal ? La météo tourne-t-elle, la nuit approche-t-elle ?
  4. Mouillez si le fond s'y prête. Au port, prenez une bouée ou un ponton tant que vous gouvernez encore.
  5. Prévenez tôt. Au moindre doute sur la suite, appelez le CROSS avant que la situation se dégrade.

Un cas à part : le bateau est retenu par l'orin d'un casier, comme mouillé par l'arrière. Yachting Monthly conseille de soulager la partie prise : remontez le cordage avec une gaffe ou un petit grappin et tournez-le sur un taquet. Ne le coupez pas tant que vous n'êtes pas certain de retrouver gouvernail et propulsion, sinon le bateau se met à dériver.

Dégager depuis le pont, sans se mettre à l'eau

Rester à bord est de loin la meilleure option. BoatUS, l'association américaine des propriétaires de bateaux, décrit deux méthodes qui se pratiquent depuis le pont. Moteur arrêté et clé retirée dans tous les cas.

Hors-bord ou embase : relever le moteur

Basculez le moteur ou l'embase en position haute. L'hélice sort de l'eau, ou presque, et un bout coincé se retire souvent à la main. BoatUS demande qu'une deuxième personne à bord regarde faire. Si l'hélice reste hors de portée, essayez la gaffe, puis un couteau fixé à son extrémité.

Moteur in-bord : dérouler en tournant l'arbre

Récupérez à la gaffe l'extrémité libre du cordage. Un équipier, à l'arrière, la garde en tension. Un autre descend et tourne l'arbre d'hélice à la main, contact coupé. Celui de l'arrière annonce si la longueur disponible augmente ou diminue. Si elle diminue, le cordage s'enroule davantage : tournez dans l'autre sens pendant qu'il reprend le mou. Si rien ne bouge, alternez les sens pour défaire un nœud.

Le couteau au bout de la gaffe

Fixez un couteau à lame dentée au bout d'une gaffe, avec du ruban adhésif toilé et des colliers, et marquez le manche du côté du tranchant. Le safran sert de repère : l'hélice se trouve juste devant. Glissez la perche le plus à plat possible et coupez vers le bas, en sciant, conseille Yachting Monthly. Penché sur la jupe, gardez gilet et longe, sous l'œil d'un équipier. Le magazine admet la limite du système : sur un cordage très serré, la lame emmanchée manque souvent de rigidité.

Le coup de moteur, avec prudence

Dernière méthode citée par Yachting Monthly : relancer au point mort, passer une seconde en arrière, revenir au point mort, puis tenter la marche avant. Seulement si le bateau dérive librement, jamais s'il est retenu par le cordage. Les consignes de DAN, réseau spécialisé dans la sécurité des plongeurs, veulent que personne ne reste sur la plateforme de bain quand une vitesse est engagée. Si le moteur cale encore, arrêtez : le problème est sérieux.

Plonger sous la coque : à quelles conditions

Yachting Monthly en fait le dernier recours. Sous un bateau, on peut se couper sur la coque ou avec son propre couteau, s'emmêler dans le cordage, prendre froid. Surtout, l'arrière d'un bateau qui tangue peut frapper la tête du nageur : le magazine réserve l'exercice aux eaux abritées. BoatUS pose ses conditions : mer calme, aucun sillage, eau claire et pas trop froide, un intervenant en forme qui sait ce qu'il fait. Et jamais seul.

Ce que vous constatezDécision
Mer plate, mouillage abrité, eau claire, un équipier à bordMise à l'eau possible si le pont n'a rien donné
Vagues ou houle, même faiblesPersonne à l'eau : l'arrière qui retombe peut blesser gravement
Dérive vers une côte, des roches ou un chenalMouiller si possible et appeler le CROSS
Nuit, eau froide sans combinaison, fatigueTravail depuis le pont seulement, ou remorquage
Filet pris dans l'hélice, le safran et la quilleAssistance : ce n'est plus l'affaire d'un couteau
Personne pour rester à bordPas de mise à l'eau

Avant de descendre

  • Moteur coupé, clé dans la poche de l'équipier. Tout le monde sait qu'un plongeur est sous la coque. DAN rappelle qu'une hélice immobile peut quand même blesser.
  • Pavillon Alpha hissé. D'après la fiche Loisirs sous-marins du ministère chargé de la Mer, un bateau support de plongée arbore ce pavillon bleu et blanc tant que le plongeur est à l'eau.
  • Échelle de bain descendue avant d'entrer. Vous remontez sans la chercher.
  • Un bout tendu le long de la coque, muni d'un flotteur, pour vous tenir. Une ventouse de carrossier aide aussi à rester plaqué.
  • Le bon couteau. Lame dentée, bout arrondi, dragonne assez lâche pour la quitter si la lame se coince. Un couteau à pain ou une scie à métaux font souvent mieux qu'un couteau multifonction.
  • Combinaison et gants, contre le froid et les coupures.

Apnée ou mini bouteille

Pour deux tours lâches, une apnée peut suffire. Sur un cordage écrasé contre l'arbre, chaque apnée laisse quelques secondes de travail et chaque retour en surface vous essouffle. Avec une mini bouteille, vous restez face à l'hélice et tranchez les tours un par un.

L'OX500 se tient en bouche et contient 0,5 L d'air à 200 bar, soit jusqu'à 8 minutes. L'OX500Plus a le même volume mais se porte aussi dans le dos : une main tient l'arbre, l'autre coupe. Ces durées sont des maximums, obtenus en respirant calmement près de la surface. Scier un cordage est un effort qui vide la bouteille plus vite : lisez le manomètre et remontez avec de l'air en réserve. Entre deux descentes, comptez la recharge d'une 0,5 L : environ 20 minutes à la pompe manuelle, environ 12 minutes au mini compresseur. Le pack OX500 et pompe manuelle se range dans un coffre et ne demande aucun courant.

Une réserve s'impose. Yachting Monthly prévient que tout appareil respiratoire demande une formation pour en comprendre les risques, et le ministère chargé de la Mer rappelle que la plongée avec bouteille s'apprend. Le jour où l'hélice est prise n'est pas celui du premier essai : familiarisez-vous avec la bouteille au port, ou mieux, avec un moniteur.

Sous l'eau

Tenez-vous à la coque ou à l'arbre, jamais aux pales. Coupez par sections et remontez les morceaux à bord. Avant de quitter l'hélice, vérifiez qu'il ne reste rien : selon BoatUS, le moindre cordage oublié peut abîmer la transmission au redémarrage. Pendant la remontée, respirez sans pause. La revue Alert Diver de DAN explique qu'en eau peu profonde, remonter d'environ 1,5 mètre souffle retenu peut déjà causer une embolie gazeuse. Le guide sécurité de la mini bouteille détaille ces règles.

Avant de repartir : les contrôles

Une hélice libérée ne garantit pas un bateau intact. Une hélice engagée peut endommager l'inverseur, voire arracher le moteur de ses supports, rappelle Yachting Monthly.

  • Cherchez une entrée d'eau autour du presse-étoupe. Le magazine conseille de garder une pinoche en bois à la taille du passage d'arbre, attachée tout près.
  • Examinez la bague hydrolube et le joint d'arbre. BoatUS signale qu'un cordage peut s'y glisser et entamer l'étanchéité.
  • Sur un hors-bord, surveillez l'huile d'embase. D'après Yamaha, un fil de pêche enroulé autour de l'arbre d'hélice peut entailler les joints et laisser entrer l'eau dans le carter. Une huile laiteuse signale de l'eau : faites contrôler les joints.
  • Redémarrez progressivement, au ralenti, à l'écoute des vibrations. Si elles persistent, rentrez doucement ou demandez un remorquage.

Au port, faites contrôler l'hélice, l'arbre, la chaise et les paliers par un professionnel. Une sortie d'eau peut valoir la dépense, estime le magazine.

Appeler le CROSS, et ce que coûte un remorquage

En mer, le CROSS est votre seul interlocuteur. La fiche du ministère demande de privilégier la VHF, canal 16, avec un message PAN PAN, et de n'appeler le 196 qu'en cas de problème avec la radio. Donnez au minimum :

  • votre position, au GPS ou par rapport à un amer ;
  • le nom et la description du bateau ;
  • le nombre de personnes à bord et leur état de santé ;
  • la nature de l'avarie, ici une hélice engagée ;
  • l'aide souhaitée et ce que vous avez déjà fait, par exemple mouiller pour limiter la dérive.

Signalez ensuite toute évolution, en mieux comme en pire. Côté argent, le sauvetage des personnes est gratuit. Le remorquage et l'assistance au navire sont payants : le remorquage passe par un contrat à prix forfaitaire négocié, et l'assistance peut coûter davantage. Vérifiez dès maintenant si votre assurance couvre le remorquage.

Éviter le prochain

  • Regardez par-dessus bord avant de démarrer. Aucune extrémité ne doit pendre dans l'eau, surtout au départ du ponton ou avec l'annexe en remorque, insiste Yachting Monthly.
  • Rentrez pare-battages et amarres dès la sortie du port, et lovez les écoutes.
  • Ralentissez dans les zones de casiers, un équipier à l'avant pour repérer les bouées.
  • Pensez au coupe-orin. Le magazine en décrit trois familles : à disque, à ciseaux et à lames fixes. Il se pose bateau hors de l'eau.
  • Préparez le kit : couteau à dents, gaffe, petit grappin, masque, palmes, combinaison et bouteille déjà remplie. Le guide mini bouteille de plongée sur un bateau aide à choisir le modèle et à le ranger.

Questions fréquentes

Les réponses courtes aux questions que ce guide soulève.

Peut-on rentrer au port avec un bout encore pris dans l'hélice ?

C'est un pari. BoatUS prévient que le cordage restant peut entailler la bague hydrolube ou le joint d'arbre si le moteur tourne. Un voilier dont le safran reste libre peut rentrer à la voile, même en traînant un peu de cordage léger, note Yachting Monthly. Sinon, comparez ce risque au prix d'un remorquage.

Faut-il prévenir le CROSS pour une hélice engagée ?

Oui dès que le bateau dérive vers un danger, gêne la navigation ou que la météo se dégrade, sur le canal 16 avec un message PAN PAN. Yachting Monthly conseille d'informer les secours même sans avoir encore besoin d'aide : ils connaissent ainsi la situation si elle tourne mal.

Combien de temps rester sous la coque avec une mini bouteille ?

Jusqu'à 8 minutes avec une bouteille de 0,5 L (OX500 ou OX500Plus), environ 15 minutes avec l'OX1000 de 1 L, en respirant calmement près de la surface. L'effort de coupe raccourcit ces durées : le guide autonomie d'une mini bouteille de plongée explique pourquoi, et le manomètre reste votre repère.

Peut-on plonger sous son bateau sans personne à bord si la mer est calme ?

Non. Le ministère chargé de la Mer rappelle qu'en plongée, l'unité, c'est la paire. Sous une coque, gardez au minimum une personne à bord qui vous surveille, détient la clé du moteur et sait appeler les secours.

Et pour repêcher un objet passé par-dessus bord ?

Un objet tombé à l'eau au mouillage se cherche avec les mêmes règles : moteur coupé, pavillon Alpha, quelqu'un à bord. La recherche n'a de sens que si le fond est proche et l'eau claire. Au-delà, renoncez ou confiez-la à un professionnel.

Sources citées

Les documents externes sur lesquels ce texte s'appuie.

  1. bilan d'activité 2025 (dirm.nord-atlantique-manche-ouest.developpement-durable.gouv.fr)
  2. Yachting Monthly (yachtingmonthly.com)
  3. Sauvetage, remorquage et assistance en mer (mer.gouv.fr)
  4. BoatUS (boatus.com)
  5. consignes de DAN (dan.org)
  6. Loisirs sous-marins (mer.gouv.fr)
  7. Alert Diver de DAN (dan.org)
  8. Yamaha (yamahaoutboards.com)

Produits cités dans ce guide

Prix TTC et stock à jour sur chaque fiche produit.

OX500Plus

OX500Plus

Mini bouteille 0,5 L, en bouche ou dans le dos

289,99 €

Les guides qui complètent celui-ci.

Tous les guides et conseils
Ponton au petit matin, mer calme

Tout est dans le pack

Les packs réunissent la bouteille, le système de recharge et les accessoires. Si vous hésitez encore, écrivez-nous : on répond par email.